Le biais domestique des investisseurs suisses est-il réellement un problème?
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Le biais domestique des investisseurs suisses est-il réellement un problème?

12/06/2026

Dans cet article paru dans AGEFI FINANCE, Esther Halas Budinsky, Product Manager à la Banque Bonhôte, décrypte le biais domestique des investisseurs suisses.

Les Suisses accordent traditionnellement une place Importante aux actions helvétiques dans leur allocation d'actifs, Si cette préférence peut se justifier par les spécificités du marché suisse; elle comporte certaines limites en matière de diversification sectorielle et d'exposition aux moteurs de croissance mondiaux. 

 

Les investisseurs suisses ont historiquement tendance à accorder une part importante aux actions helvétiques dans leur portefeuille. Ce phénomène, appelé «biais domestique», consiste à privilégier les placements sur son marché local, parfois au détriment d'une diversification internationale plus étendue. 

D'un point de vue théorique, ce biais fait régulièrement l'objet de critiques. En principe, un investisseur rationnel devrait diversifier son portefeuille à l'échelle mondiale afin de ne pas dépendre excessivement d'un seul pays, d'une seule devise ou d'un nombre limité de secteurs. En pratique, cette question mérite toutefois une analyse plus nuancée, en particulier dans le cas d'un investisseur suisse. 

Atouts du marché suisse Le marché suisse présente en effet plusieurs caractéristiques spécifiques. Il se compose de nombreuses entreprises de qualité, occupant des positions fortes dans leurs secteurs respectifs. Certaines d'entre elles réalisent par ailleurs l'essentiel de leur chiffre d'affaires à l'étranger. Investir en actions suisses ne signifie donc pas nécessairement s'exposer uniquement à l'économie helvétique. Grâce à ces groupes internationaux, l'investisseur bénéficie déjà d'une certaine diversification géographique des revenus des entreprises. A cela s'ajoute le caractère relativement défensif du marché suisse. Les secteurs de la santé et de la consommation de base y occupent une place importante. Cette structure peut offrir une certaine résilience lors des phases de marché plus difficiles et volatiles. Pour de nombreux investisseurs privés, les actions suisses jouent ainsi un rôle de socle au sein de l'allocation d'actifs, avec un profil souvent perçu comme plus stable que celui d'autres marchés plus cycliques ou davantage exposés aux valeurs de croissance. 

La devise joue également un rôle important. Pour un investisseur dont les dépenses sont libellées en francs suisses, les actions étrangères comportent un risque de change susceptible de peser significativement sur la performance, comme l'a encore illustré l'évolution du dollar face au franc suisse en 2025. Ce risque peut être couvert, mais cette couverture a un coût, en particulier lorsque l'écart de taux entre le franc suisse et le dollar ou l'euro est élevé. Les actions suisses permettent ainsi de conserver une partie du portefeuille dans la devise de référence de l'investisseur. 

Diversification et biais comportementaux Ce «biais domestique» peut donc se justifier d'un point de vue patrimonial. Pour rester pertinent, il doit toutefois être maîtrisé, car le marché suisse présente également des limites importantes dont il est nécessaire de tenir compte. 

Le marché suisse demeure notamment assez concentré. Même un indice large comme le SPI, qui regroupe l'essentiel des sociétés cotées en Suisse, reste dominé par quelques secteurs clés et quelques grandes capitalisations. La santé, la finance et la consommation y occupent une place importante, avec des entreprises telles que Novartis, Roche, Nestlé, UBS ou Zurich Insurance Group. Une exposition passive au marché suisse peut ainsi donner une impression de diversification plus large qu'elle ne l'est réellement. 

Certains moteurs de croissance mondiaux sont également moins représentés en Suisse. Les grandes plateformes technologiques ainsi que les entreprises liées à l'intelligence artificielle sont davantage présentes sur d'autres marchés, en particulier aux Etats-Unis. Une allocation excessivement centrée sur le marché suisse peut donc limiter l'accès à certaines sources de performance à long terme. 

Tout «biais domestique» comporte enfin une dimension comportementale. Les investisseurs ont naturellement tendance à privilégier les entreprises qu'ils connaissent, dont ils utilisent les produits ou dont ils entendent régulièrement parler. Cette familiarité peut ainsi renforcer leur préférence pour le marché local. 

En définitive, ce phénomène ne constitue pas nécessairement une faiblesse. Il s'agit plutôt de définir le rôle adéquat des actions suisses dans une allocation globale. Pour un investisseur basé en Suisse, elles peuvent représenter un cœur de portefeuille pertinent, grâce à la qualité des entreprises, à la stabilité relative du marché et à l'exposition au franc suisse. Ce socle doit toutefois être complété par des investissements internationaux afin d'élargir la diversification sectorielle, géographique et thématique.

 

 

 

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